Modernité et Cynisme

Diogène et le tyran, de Henri Montant, 1995

Un des premiers SDF de l’histoire était grec et s’appelait Diogène. Il vivait dans un tonneau. Le tonneau de Diogène est le tonneau le plus célèbre de la métaphysique vinicole.

Un jour, par un beau soleil de juillet, un tyran s’approche de Diogène. L’histoire n’a pas reçu son nom, c’est bien fait. Le tyran, chez les Grecs, c’était un genre de technocrate mal luné et fortement armé, qui faisait la pluie et le beau temps. Surtout la pluie. Là, il venait demander à Diogène le secret de son bonheur, car Diogène passait pour un modèle de sagesse à la grecque :  une ou deux olives par jour, un verre de raisiné et basta!

Voici donc notre tyran qui se plante devant Diogène et commence son baratin : « Alors, mon brave, heureux de son logement social? » Et Diogène de répondre sobrement : « Ôte-toi de mon soleil! » Voilà qui est causé! Depuis plus de vingt siècles, les tyrans font de l’ombre aux philosophes. Mais tous les SDF ne sont pas Diogène.

Le mot important, dans SDF, c’est F comme Fixe. L’homme a besoin de fixité, de permanence, d’un endroit où rester sans bouger plus de 24h, avec du feu dans la cheminée. Diogène ne faisait pas de feu dans son tonneau. Les hivers sont doux en Grèce.

Le SDF fait partie, aujourd’hui, du mobilier urbain. Pour un peu, Saint-Gobain pourrait sponsoriser les cartons et Decaux étudier ces supports en publicité en voie de normalisation. Le SDF, tel l’hirondelle du faubourg, apparaît surtout l’hiver, aux portes des Restaurants du Coeur. Le vaste et généreux public hésite entre compassion et soulagement. Il donne surtout en se disant : « Ce pourrait être moi un jour! » Chacun connaît l’existence d’un cadre fortuné tombé dans la débine et qui finit par squatter sa bagnole dans une rue déserte.

Car le SDF se reproduit très bien. On le compte par centaines de milliers. Les tyrans d’aujourd’hui ne font plus d’ombre aux SDF. Ils se contentent de leur couper la lumière. Ils envoient leurs huissiers pour vider les lieux et construisent des bureaux que personne n’habitera, car les affaires vont mal.

Oui, le tyran moderne n’est plus qu’un esprit curieux qui veut apprendre, de Diogène, le secret du bonheur. Il est une société anonyme qui touche des commissions sur des marchés publics et empoche des pots-de-vin occultes. Finalement, ce qui n’a pas changé, c’est le tonneau et l’ombre.

 

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